Aethina tumida

Originaire d’Afrique sub-saharienne, le petit coléoptère est détecté en 2014 en Sicile, puis rapidement dans la région italienne de Calabre. Originaire de zones tropicales, il s’accommode également de climats froid (Canada) et est aujourd’hui présent sur de nombreux continents : Amérique du Nord et Centrale, Afrique, Australie, Asie du Sud. Le caractère indemne de la France réside en une vigilance absolue de chacun, il faut le connaître pour s’en prémunir et le gérer. Il est donc primordial d’assurer une bonne surveillance du territoire pour ce ravageur des colonies d’abeilles, afin de permettre de donner l’alerte au plus tôt en cas d’introduction.

Développement et déplacement

Aethina tumida est un insecte qui peut être extrêmement prolifique : dans des conditions favorables et en absence de mesures de contrôle, 80 adultes peuvent engendrer plus de 36 000 adultes en 63 jours (Murrle et Neumann, 2004). Son cycle dure 1 mois en climat méditerranéen et 6 mois en climat froid. Les conditions idéales sont une hygrométrie >50% et une température > 20°C. La larve va sortir de la ruche attirée par la lumière, et va aller s’enterrer entre 10 à 20 cm de profondeur. En sortant de terre, l’adulte est de couleur gris clair et non noir.

Le déplacement naturel de cet insecte a lieu au stade adulte, car l’imago peut marcher et voler (0 à 20 km), et au stade larvaire car il dispose alors de pattes (0 à 200 m). Le déplacement naturel ne peut donc pas excéder 20 km par an. Cela signifie qu’il lui faudrait plus de 100 ans pour arriver en France par ses propres moyens. Il est beaucoup plus probable qu’il arrive par transport de matériel apicole (vivant ou inerte).

Alimentation et dégâts sur la colonie

Au stade larvaire, l’individu se nourrit de miel, pollen, pain d’abeilles, voire de couvain en creusant des galeries dans les cadres de cire. Les déjections de larves contiennent une levure qui font fermenter le miel, celui-ci devient alors impropre à la consommation des abeilles et de l’homme. L’adulte se nourrit quant à lui essentiellement de miel ou d’abeilles mortes, et peut jeuner 2 à 10 jours. Il perturbe les ouvrières par sa présence.

En cas de faible infestation, on observe quelques larves et signes de fermentations. En cas de forte infestation se produit un écoulement de miel (cadres, fond de ruche, planche d’envol) et une odeur « d’orange amère » apparait.

Comment le détecter ?

Deux méthodes de détection existent : soit des pièges d’observation, soit une méthode d’inspection imaginée par les Italiens : la ruche doit disposer d’une partition en rive. La visite débute par le côté opposé de la partition, les cadres sont sortis un à un. Les adultes fuyant la lumière vont tous se réfugier entre la partition et le bois de la ruche.

Une inspection régulière des colonies est indispensable pour réagir vite en cas d’infestation.

Conduite à tenir en cas de suspicion

Aethina Tumida étant un danger sanitaire de catégorie 1, il est donc obligatoire d’alerter la DDPP ou tout autre intervenant sanitaire. Des mesures de police sanitaire seront mises en place : isolement du rucher infesté et destruction, délimitation d’une zone de protection et d’une zone de surveillance … De plus, une indemnisation est prévue.

Que dit la législation en cas de découverte de cas en France

(source JO du 29 décembre 2009)

Lorsque la présence du petit coléoptère de la ruche Aethina tumida est confirmée dans un rucher :

  • une zone de protection de cinq kilomètres autour de la zone de confinement est établie ;
  • une zone de surveillance de cinq kilomètres autour de la zone de protection est établie ;
  • le préfet peut ordonner la destruction de toutes les colonies d’abeilles et des ruches du rucher infesté ainsi que de tout ou partie du matériel apicole ayant servi à l’exploitation du rucher infesté ;
  • dans la mesure du possible, et sans préjudice des dispositions réglementaires relatives à la protection de l’environnement, un traitement du sol dans un périmètre de deux mètres autour des ruches du rucher infesté est appliqué, selon les instructions du ministre chargé de l’agriculture et de la pêche ;
  • un traitement médicamenteux, lorsqu’il est autorisé, appliqué sur prescription d’un vétérinaire et selon les instructions du ministre chargé de l’agriculture, est obligatoire.

Retours d’expérience

Parole d’un apiculteur ayant travaillé avec Aethina

Damien Blampey est apiculteur professionnel en Savoie. Il a réalisé de 2008 à 2010 plusieurs saisons dans des exploitations de production de paquets d’abeilles en Australie. Il nous a confié son expérience apicole avec le petit coléoptère. Selon Damien, Aethina n’impacte pas les ruches fortes (ruches de production) mais uniquement les colonies de petites tailles (nucs, jeunes essaims, non-valeurs).

Mesures préventives mises en œuvre en Australie :

Les ruches sont dotées de planchers grillagés afin d’éviter l’humidité dans la ruche car celle-ci favorise la prolifération d’Aethina.

Concernant l’extraction du miel, la miellerie doit être équipée d’une chambre froide et d’une chambre chaude. L’extraction doit être réalisée au plus tard deux jours après la récolte. Les cires d’opercule doivent également être traitées rapidement et les hausses stockées en conteneurs et soumises à fumigation.

Pour constituer les nucs (cadres langstroth), les exploitations utilisent des bâtisses en plastique. Bien que ces cadres soient difficilement pris en charge, les larves d’Aethina y développent moins de galeries que dans les cires gaufrées. Si le nuc avorte, la cadre est raclé jusqu’au plastique et le cadre est mis à nettoyer dans une ruche forte. Des pièges imprégnés de fipronil sont également disposés au fond des nucs lors de la constitution afin d’éviter la pullulation.

Les cages d’introduction de reines doivent posséder des canaux de libération étroits afin d’éviter l’entrée du coléoptère dans la cage et la fermentation du candi (risque d’engluage des reines). Ce problème s’est notamment faire ressentir dans les banques à reine.